Vous avez sûrement déjà vu ces films de science-fiction fascinants de par leur société futuriste où le progrès technologique n’a pour limite que l’imaginaire de leur réalisateur… Prenez par exemple le film d’anticipation « Bienvenue à Gattaca » sorti en 1997, où le réalisateur Andrew Niccol y peint un monde composé uniquement d’individus au génome « parfait », dans lequel l’ADN des embryons est manipulé dans le but de concevoir des êtres sans défauts. Regardez également « The Island », sorti en 2005Michael Bay – son réalisateur – permet aux plus fortunés de créer leur propre clone, pour une raison bien précise… que je vous laisse découvrir. Irréel, Improbable ? Et si ces scénarios n’étaient pas si éloignés de notre réalité ?

A en croire les récents progrès scientifiques, notamment en matière d’ADN, la fiction devient réalité. En effet, les deux chercheuses Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna ont développé un outil révolutionnaire, le découpeur d’ADN, « CRISPR-CAS9 », capable non seulement de corriger les gènes défaillants d’embryons humains mais aussi d’y introduire de nouveaux gènes.
Rapide et efficace, ces ciseaux magiques offrent de multiples applications et perspectives. Testés sur des animaux, ils ont permis de créer des vaches sans cornes, pour éviter qu’elles ne se blessent entre elles et à faire en sorte que les moustiques atteints du virus Zika soient fluorescents, pour les repérer de loin.

L’agriculture est aussi concernée. Grâce aux ciseaux moléculaires, apparaissent des champignons qui ne brunissent plus, des tomates sans pépins, du maïs résistant à la sécheresse… Enfin, cet outil sera révolutionnaire en médecine ! Imaginez que l’on puisse supprimer toutes les maladies et les famines, que l’on parvienne à cloner des organes à la demande de ceux qui ont besoin d’une greffe.

Le champ des possibilités est infini ! Cependant, cette avancée soulève plusieurs questions.

CRISPR-CAS9, le découpeur d’ADN qui fait CRISPeR

Si les avantages qu’offre le découpeur d’ADN sont nombreux, qu’en est-il au niveau de l’éthique ? Si en France la modification génétique des embryons est prohibée par la Loi (article 16 du code civil, 1994 : « nul ne peut porter atteinte à l’intégrité de l’espèce humaine », interdisant d’opérer toute modification de l’espèce humaine, même pour l’améliorer), d’autres pays comme les Etats-Unis, la Chine et l’Angleterre font voler les barrières une à une. En 2016, l’Angleterre a ainsi autorisé la manipulation génétique sur des embryons humains à l’Institut Francis Crick de Londres.

Dans son livre « L’avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ? » Jürgen Habermas s’attaque aux biotechnologies et préconise que l’eugénisme soit encadré par un système juridique capable de discerner de la manière la plus neutre possible les dangers d’une transformation de la biologie humaine. Le rôle du droit remplacerait alors la sagesse d’une morale.

Une autre question se pose. Jusqu’à quel point maitrisons-nous cette technique ? Notre savoir sur le sujet a ses limites. Une expérience visant à neutraliser le virus du SIDA en introduisant (grâce à CRISPR-cas9) une mutation du virus a conduit à l’apparition de mutations non prévues. Celles-ci ont modifié le virus du SIDA, le rendant non-identifiable. Comment gérer les mutations involontaires suite à l’introduction d’un nouveau gène ? Ne risque-t-on pas de causer des dégâts irréversibles ?

Enfin, celui qui contrôlera cet outil sera doté d’un véritable pouvoir technologique. Ce dernier pourra décider de la légitimité des espèces et risque de réduire le vivant en ne sélectionnant que certaines espèces jugées « utiles » au bonheur de l’homme. A-t-on le droit de se substituer à la sélection naturelle ? Comment endosser la responsabilité du vivant ?

CRISPR-CAS9, la promesse d’un monde parfait ?

Aurait-on trouvé le saint graal, la fontaine de jouvence, l’outil ultime capable de créer un monde « parfait » ? Imaginez que l’on puisse supprimer les gènes responsables de la mucoviscidose, du diabète, des cancers, du SIDA, et même le gène responsable du vieillissement ? Quel serait l’avenir de notre société?  D’autres problèmes apparaîtront, comme par exemple la surpopulation.

Par ailleurs, que se passerait-il si CRISPR-cas 9 ne parvenait pas à détecter les gènes d’une nouvelle maladie ? Habitués à un rapide coup de ciseau pour guérir une maladie, quelle résistance auront nos corps face à une maladie inconnue ?

Cet outil reflète le monde sans merci dans lequel nous vivons, où l’ « anormal » n’a pas sa place. Si vous aviez la possibilité de supprimer le gène responsable de la trisomie, ne le feriez-vous pas ? En supprimant les différences qui font notre individualité, cet outil imposerait la norme comme bonheur. Nous vivrons dans un monde ennuyeux où le hasard n’aurait plus sa place. Notre bonheur ne tient-il pas dans notre liberté et dans la liberté de notre corps d’évoluer ?
Bergson disait que « toute évolution est créatrice », mais, sommes-nous en droit de modifier le vivant sans limite ?

Salomé Hini 

Pour aller plus loin : 

  • « L’avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ? », Jürgen Habermas, 2001
  • « L’Evolution créatrice », Henri Bergson, 1907
  • « CRISPR-Cas9: le couteau suisse qui révolutionne la génétique », Cité des Sciences, 03/08/2017
  • « pourquoi CRISPR-Cas9, méthode révolutionnaire, pourrait ne pas marcher sur l’humain? », Sciences et Avenir, 06/04/2018
  • « CRISPR-Cas9: les ciseaux génétiques sont-ils dangereux? », Futura Sciences, 07/04/2018

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Crédits photos : Wikimedia

 

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