Chaque mois, l’actualité est décortiquée par nos Alumni scribouilleurs. Au prisme de leurs expertises, ils analysent les faits qui les ont marqués.

Au sommaire ce mois-ci :

  • Le Vénézuéla souhaite lancer sa crypto-monnaie
  • #LoveArmyForRohyngas : 3 mois après, quel impact ?

 

Le Vénézuela souhaite lancer sa crypto-monnaie

Après le succès incroyable du Bitcoin, le Président du Venezuela, Nicolàs Maduro a décidé de créer sa propre crypto-monnaie, le « petro », qui reposerait sur les réserves en pétrole et autres ressources naturelles du pays, cela, dans l’optique de faire face à une économie nationale en chute libre et aux multiples sanctions américaines.

En effet, en Août dernier, les Etats-Unis ont interdit au gouvernement venezuelien ainsi qu’au complexe pétrolier PDVSA – principale source de revenus du pays –  toutes nouvelles opérations financière avec les banques, accusés tout deux de corruption et de censure.

En conséquence, le Venezuela peine à refinancer ses dettes. Fort de ce constat, le président a perçu dans l’envolée folle du cours du Bitcoin une échappatoire possible au blâme américain.

Et son idée repose sur un système bien construit : Le Petro serait géré par la Banque Centrale du Venezuela, laquelle émettrait de la dette en petro tout en préservant l’anonymat des investisseurs. Ces derniers prêteront leur argent frais au Venezuela et seront payés en retour en crypto-monnaie qu’ils devront dépenser en pétrole ou autre matière première venezuelienne selon les souhaits du Président…

Vénézuela

Est-ce une ambition réalisable ?

Pour gagner un tel succès, le Petro devrait être accepté par une majorité des acteurs économiques, ce qui n’est pas gagné au regard d’une dette extérieure avoisinant les 150 milliards de dollars et une monnaie nationale qui a perdu l’année dernière 96% de sa valeur face au dollar.  Ne faudrait-il pas, au préalable, que le Bolivar, monnaie nationale du Venezuela ne regagne sa valeur et la confiance des investisseurs ?

De plus, ce projet est-il réellement viable ? Le principe de base des crypto-monnaies ne repose t-il pas sur leur décentralisation, sur le fait qu’elles sont des actifs sans état et non contrôlés par un Banque Centrale ?

Par ailleurs, n’est-ce pas risqué que le Petro soit contrôlé par la banque centrale venezuelienne, elle-même à l’origine de l’hyperinflation dans laquelle est endiguée le pays depuis plusieurs années ? Le Petro pourrait bien renforcer cette hyperinflation, ce qui serait un danger pour les natifs, qui utiliseraient uniquement leur monnaie locale.

Si le Petro espère s’implanter, des mesures structurelles seront nécessaires pour accompagner son développement.

Pourtant, l’idée n’est pas mauvaise puisque d’autres pays étudient de près la viabilité des crypto-monnaies. Le « cryptorouble » ou encore le « cryptoyuan » pourraient bien voir le jour d’ici quelques temps…

Mais force est de constater que ces deux pays n’ont pas la même situation économique que le Venezuela et n’appréhenderont donc pas la création d’une crypto-monnaie de la même façon !

Si les crypto-monnaies attirent de nombreux pays par la possibilité qu’elles offrent de contourner et d’échapper au système financier dominé par l’Occident,  elles ne sont pas sans danger pour les économies.

Salomé Hini 

Pour aller plus loin :

Sources :

  • « El Petro, la monnaie centralisée d’un État désespéré », Contrepoint, 7 février 2018
  • « Venezuela Will Create New ‘Petro’ Cryptocurrency, President Maduro Says », NPR News (oui-oui, même après la prépa!), 4 décembre 2017
  • « Venezuela’s cryptocurrency plan means it could have two mismanaged currencies », Quartz, 4 décembre 2017

 

#LoveArmyForRohyngas : 3 mois après, quel impact ?

Fin novembre 2017, Jérôme Jarre s’entourait de célébrités pour lancer un appel aux dons afin de venir au soutien des Rohyngas persécutés au Bengladesh. Sous la bannière du #LoveArmyForRohyngas, il a fait appel à la générosité des internautes. Simple coup de com’, ou action concrète ?

@ Capture d'écran Twitter/@JeromeJarre

2 millions d’euros en 3 jours…

Non, ce n’est pas ce qu’a gagné Bill Gates sur ce laps de temps (il a gagné plus), mais ce qu’a réussi à lever le youtubeur Jérome Jarre pour aider les camps de Rohyngas au Bengladesh, notamment via Twitter avec le hashtag #LoveArmyForRohyngas.

L’initiative est louable, le résultat est stupéfiant. Néanmoins, et c’est là que réside la plus grande problématique de l’aide humanitaire : quels en sont les impacts ?

Deux millions d’euros, directement mis en avant dans les camps de réfugiés, c’est conséquent. Comment vont-ils être utilisés ? Vont-ils être distribués à chaque personne sous forme d’espèces, les laissant ensuite se débrouiller avec et en faire l’usage qu’ils veulent? Face à une telle somme d’argent, un tel besoin et une telle masse de personnes, la mise en place de l’aide est clé.

Il ne suffit pas d’acheminer 200 tonnes de sac de nourritures pour sortir un pays de la pauvreté. Les causes de sous-développement d’un pays ne sont pas tant conjoncturelles, mais structurelles. L’aide apportée doit donc l’être aussi.

Quel est l’impact réel de l’aide humanitaire ?

Ainsi, face à ces deux millions et face à une campagne reposant essentiellement sur des donateurs particuliers, la question de l’analyse de l’impact est essentielle. Imaginons que ces deux millions servent à construire des écoles, mais que ces bâtiments soient entièrement construits par des travailleurs humanitaires. L’argent récolté ne touchera qu’à peine les réfugiés dans les camps. Par ailleurs, qui équipera l’école ? Qui formera les professeurs ?

Pire encore, imaginons que cet argent serve à construire des puits dans les camps. Sauf que ces puits seront intégralement construits par les travailleurs humanitaires, et que les réfugiés n’auront aucune idée de son fonctionnement. Résultat : les réfugiés continueront de s’abreuver à la pompe située à 5km du village, sans jamais utiliser le puits. Et pour aller plus loin, si l’acheminement de l’eau était une tradition inhérente à la culture de ces réfugiés qui ont construit un système social autour des porteurs d’eau ? La construction aura noyé des sommes considérables pour un impact dérisoire, voire particulièrement négatif sur l’organisation de la société locale.

Faire un don pour une campagne d’aide humanitaire n’est pas aussi anodin qu’il n’y paraît. La nécessité de l’analyse de l’impact est essentielle. Il est beaucoup trop facile pour une ONG d’un pays occidental de faire plus de mal que de bien en mettant en place des infrastructures ou des campagnes inutiles dans les pays en développement, qui ne feront au mieux aucun effet, au pire détruire des économies déjà précaires.

Ce sujet mériterait une centaine de pages supplémentaires, agrémentée d’études, de tableaux et d’analyses économétriques plus poussées. Néanmoins, prenez cet article comme une réflexion, qui amène à une question : l’aide humanitaire est-elle toujours bonne pour un pays ?

Thomas Ruestsch

Pour aller plus loin : 

 

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